Publié le 15 Mars 2015

Vous avez entendu parler dans les médias de désindustrialisation, et des différentes révolutions, il y a eu les révolutions arabes, et plus récemment la révolution des parapluies. Mais savez-vous que les nouvelles révolutions sont réclamées par les dirigeants et chefs d’entreprise ? Oui mais pas les révolutions destructrices, mais les révolutions constructives : la révolution numérique en France, la troisième révolution industrielle dans le Nord-Pas-de-Calais, mais aussi la Glaz Economie en Bretagne.

Parlons de la troisième révolution industrielle (TRI), pourquoi est-elle plébiscitée par la région NPDC ? Il faut savoir que notre région s’engage dans cette voie. Le chômage, la désindustrialisation (1 emploi industriel perdu, c’est 3 à 4 emplois indirects perdus), la pollution, la raréfaction des ressources fossiles font parties de notre quotidien. Notre région devient alors vulnérable. Les élus ainsi que les chefs d’entreprises ont sauté sur l’occasion, en découvrant le concept de TRI par les talents d’orateur de son concepteur Jérémy Rifkin, économiste américain ‘démocrate’. Pour une fois, la CCI plutôt à droite et la Présidence de Région, plutôt à gauche ont été séduits par la mise en application de la TRI dans notre région.

Nous, amapiens, venant d’horizons divers, ce qui nous caractérise c’est notre esprit critique face au monde qui nous entoure mais dans le même temps c’est aussi notre enthousiasme qui nous anime.

Je vais alors m’efforcer d’exercer d’abord mon esprit critique sur ce qu’est le TRI et conclure sur le côté positif de la démarche pour améliorer le bien vivre ensemble.

Certes Jérémy Rifkin est un homme d’affaires, ses rétributions ne suivent pas des standards français, il est, sur la blogosphère de connaisseur sur la question énergétique, perçu comme un gourou, il a écrit ‘la fin du travail’, ce qui est pour moi une ineptie dans un monde qui aura besoin de plus en plus de bras pour nourrir le monde par la terre nourricière, parole d’amapien. Mais oublions le personnage, il a le droit à l’erreur comme chacun d’entre nous à un moment de sa vie. Intéressons-nous à son concept, toujours avec notre esprit critique.

Il fait l’éloge d’un monde utopique où l’Homme par son habitat serait indépendant au niveau énergétique. Les moyens actuels de production d’énergie électriques sont très centralisés (gaz-charbon-nucléaire), ce qui nécessite de gros moyens capitalistiques. Notre mobilité est dépendante des compagnies pétrolières. De plus, peu de gens sont conscients qu’un plafond physique de production pétrolière menace l’approvisionnement des raffineries et ce malgré la bulle des huiles de schistes américains. Les énergies fossiles génèrent le changement climatique et nous coutera de plus en plus cher si on ne l’anticipe pas.

J. Rifkin propose pour casser cette dépendance un concept de TRI en 5 piliers, ce qui est très mythologique et biblique énumérés ci-dessous :

-Pilier 1 : la société transite vers un système basée uniquement sur les énergies renouvelables

-Pilier 2 : les bâtiments deviennent producteurs d’énergie électrique

-Pilier 3 : L’hydrogène devient un moyen de stocker l’énergie qui n’est pas utilisée puisque les énergies renouvelables, énergies intermittentes par nature, doivent pouvoir être stockées en cas de surplus.

-Pilier 4 : Développement des réseaux intelligents de production d’énergie pour palier l’intermittence des énergies renouvelables électriques.

-Pilier 5 : L’hydrogène devient, en remplacement du pétrole, le carburant de l’automobile.

Les idées sont intéressantes mais malheureusement l’énergie électrique que consomment les particuliers représente qu’1/5 de toute l’énergie électrique produite en France. La majeure partie est en fait consommée par les entreprises (électro-intensifs), l’éclairage publique, les commerces, les services publics, ….).

Un français a besoin de 2,7 kWh par jour pour s’alimenter, mais en réalité il consomme 150 kWh par jour pour son confort (déplacement, loisirs, alimentation, services…..). C’est dire que l’accès à l’énergie est un enjeu majeur.

L’idée d’un monde où il n’y aurait que des énergies décentralisées est très utopique dans l’état actuel de notre consommation. Prenons le cas de l’énergie solaire, les concentrateurs solaires (inventés depuis 1 siècle) doivent être placés dans les pays très ensoleillés dans les déserts pour ne prendre la place de l’agriculture. L’énergie électrique créée peut être stockée en chaleur par des sels fondus et être restituée la nuit. Cette énergie peut être acheminée sur de longues distances (des milliers de kilomètres) avec moins de 3 % de pertes, ce qui suppose un réseau électrique très haute tension nécessitant de grands moyens capitalistiques.

Une deuxième critique concerne la production d’hydrogène à partir des énergies renouvelables seules. L’hydrogène n’est pas une énergie, on ne trouve pas d’hydrogène dans la nature directement, il faut transformer des molécules de gaz en apportant une quantité importante d’énergie pour en récolter l’hydrogène. Actuellement la transformation réalisée est faite à partir du gaz naturel.

Cependant, Rifkin indique une piste à suivre (mais pas à la ligne). On devra se passer des énergies fossiles tôt ou tard. La piste que prend la région est le socle des 5 piliers, c’est-à-dire le recours systématique aux synergies, à l’économie circulaire. Sur ce point Rifkin apparait non pas comme un gourou mais comme un visionnaire.

Notre société ne tourne pas rond, elle est basée sur le gaspillage, qu’on retrouve de la production jusqu’à la consommation en passant par la grande distribution.

Imaginons avec Rifkin un monde qui serait basé sur l’entraide, l’empathie, où les enfants ne seraient pas en compétition scolaire, sportive, où les commerces travailleraient en complémentarité, où les industries seraient partenaires, les déchets de les uns seraient les matières premières des autres, où les régions ne voudraient pas chacun un grand aéroport mais se soucieraient des 99% de ces habitants, où les territoires auraient des spécificités touristiques, alimentaires, industrielles, où les quartiers seraient socialement mixtes pour favoriser l’entraide, le partage des biens, où les jardins qu’on appelait jadis ‘ouvriers’ qu’on renommeraient familiaux pour mélanger les origines sociales et favoriser la mixité générationnelle et culturelle des habitants plutôt que la ghettoïsation sociale, culturelle, et générationnelle.

Ce monde, du côté économique, est appelé ‘économie circulaire’. Cela a pour conséquence de réduire les déchets, la pollution, la consommation d’énergie et de favoriser l’échange (les déchets) afin de créer des activités économiques et de l’emploi.

La CCI de la région est complétement partant dans ce concept. Mais alors, pourquoi, le ‘patronat’, plutôt ‘républicain’ suivrait-il un ‘démocrate’ ? La nouvelle génération de patrons est consciente de la limite imminente du système actuel. De fortes probabilités de crises énergétiques, alimentaires sont prédites avec quasi-certitudes. Pas de business sans paix social. Les politiques environnementales sont appelées à se durcir face à la menace climatique. Cela conduirait inéluctablement les entreprises, les particuliers, les collectivités à trouver des synergies indispensables pour réduire le gaspillage (alimentaire, énergétique). Par la pression populiste et sous le prétexte du chômage, les politiques environnementales peuvent au contraire s’assouplir et cela conduira à l’augmentation des pollutions, de l’individualisme, à la peur des autres et finalement au chaos qui conduirait au final à une aggravation du chômage. C’est dernière perspective n’étant pas joyeuse pour les affaires, ce qui m’amène à dire qu’il vaut mieux faire la révolution industrielle, la troisième en l’occurrence et garder à l’esprit non pas les 5 piliers mais le socle commun, celui des synergies pour créer des symbioses nécessaires. C’est en cela que c’est une révolution.

Une petite conclusion personnelle, soyons amapien et enthousiasme. La révolution même la TRI ira du sens Botton-up, c’est-à-dire des gens de terrain, les PME, les associations, les citoyens et sera relayer par les élus, les dirigeants de grandes entreprises afin de créer une symbiose face à un monde de plus en plus rapide et complexe, de moins en moins compréhensible. Les territoires apprendront la résilience pour s’adapter aux nombreux changements que la société devra faire face.

Merci à Vincent Molcrette, Amapien "Producteur" de cet excellent article


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Rédigé par José

Publié dans #Le Saviez-Vous

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